Portraits des boursiers du CAPED - 2019

Le CAPED attribue chaque année des bourses de recherche ou de rédaction pour les étudiants de 2e cycle et de 3e cycle en fonction du mérite et des besoins. Ces bourses sont octroyées aux étudiantes et étudiants dont le projet de recherche s’insère dans les axes de la programmation du CAPED.

Quelle est la thèse de votre mémoire ? 

Les conclusions du mémoire tendent, notamment, à démontrer qu’il est possible d’affirmer que les femmes autochtones qui se présentent à la Commission des relations avec les citoyens expérimentent, bien malgré elles, une série d’expériences racistes, sexistes et colonialistes  qui s’imbriquent entre elles, mais pas exclusivement lorsqu’il est question du féminicide. Ma recherche révèle également que l’utilisation du mot féminicide, le concept sur lequel s’appuie mon mémoire et qui implique la responsabilité de l’État dans les meurtres et disparitions des filles et des femmes autochtones, reste étonnamment absent des échanges de la Commission.

 

Qu’est-ce qui vous a mené à choisir ce sujet ? 

La présence silencieuse du féminicide dans la province de Québec a motivé mes efforts afin de trouver une façon de l’analyser, de comprendre et de cerner les raisons de son existence et surtout de le nommer. Le silence des médias et de l’État québécois pendant de nombreuses années au sujet des morts et des disparitions notamment de Maisie Odjik, Shannon Alexander, Jeannie Poucachiche, Cindy Ruperthouse, Bridget Tolley, Kelly Morisseau et Tiffany Morrison, mais aussi de nombreuses autres victimes restées dans l’ombre sur la partie du territoire qu’il gouverne m’a semblé si insoutenable qu’il fallait le cibler.

 

Quels conseils donneriez-vous à de futurs chercheurs ? 

Votre sujet idéal de recherche risque de se transformer et de se situer bien à côté de votre idée de départ. Soyez flexible et créatif.

En cas de déprime, évitez les longs moments de solitude. Restez en contact avec vos pairs et n’hésitez pas à discuter des difficultés que vous éprouvez.

Julie Boivin, Maîtrise

 

Quelle est la thèse de votre thèse ? 

Les dernières grandes réformes sociales au Québec et en France ont eu des impacts non-négligeables sur les marges d’autonomie des groupes communautaires et associatifs. L’idée de la thèse est de documenter ces effets via les discours des intervenantes de terrain sur leur travail au quotidien, en les réinscrivant dans une réflexion plus globale sur l’institutionnalisation des tiers-secteurs. Je me suis concentrée sur le secteur « femmes » ou féministe, parce que les revendications initiales proposent une lecture systémique des problématiques auxquelles elle s’adresse. Les récupérations d’un contrôle de l’État sur les services développés par les groupes et sur leur mode de financement amènent à des contradictions au niveau des institutions mêmes, des négociations que les groupes entreprennent auprès d'elles pour se faire financer, et dans les pratiques de travail des intervenantes.

Qu’est-ce qui vous a mené à choisir ce sujet ? 

Les questionnements de ma thèse ont suivi mes interrogations quotidiennes, au gré des différentes socialisations académiques que j'ai pu avoir, et dans l'acquisition de connaissances féministes. Ayant déjà au préalable travaillé auprès de groupes issus du secteur associatif français, la rencontre avec les spécificités organisationnelles du milieu communautaire au Québec et la littérature scientifique qui l’accompagne m'ont interpellées. L’étude d’un secteur particulièrement féminisé (celui de l’aide et du soin), qui plus est « auprès des femmes » (ou féministe) a suscité chez moi un intérêt théorique et empirique qui, je pense, amène à contrebalancer un regard souvent binaire sur les activités politiques.

 

Quels conseils donneriez-vous à de futurs chercheurs ? 

Se poser honnêtement la question de nos motivations à enquêter sur un objet du politique, du quotidien. Se permettre de penser que la recherche a aussi une dimension créative et que les regards analytiques sont souvent des propositions (et je me réfère notamment au concept de "SF" de Donna Haraway : science fact, speculative feminism, speculative fabulation).

Marion Leboucher, Doctorat

Quelle est la thèse de votre mémoire ? 

Ma recherche porte sur les stratégies discursives que les autorités publiques utilisent pour légitimer la répression des manifestations politiques. Les discours publics des autorités constituent une dimension importante, mais peu étudiée, de l’arsenal répressif que l’État mobilise contre les mouvements sociaux contestataires. Dans mon mémoire, j’analyse les discours publics des autorités policières et politiques de la ville de Montréal entre 2012 et 2015 en lien avec l’utilisation de la pratique controversée de l’arrestation de masse par encerclement et l’application sélective du Règlement municipal P-6 (particulièrement l’obligation de divulguer à la police l’itinéraire des manifestations).

 

Qu’est-ce qui vous a mené à choisir ce sujet ? 

 J’ai choisi de travailler sur ce sujet de recherche à la suite de la grève étudiante contre la hausse des droits de scolarité en 2012 au Québec. L’ampleur de la répression policière des manifestations étudiantes et antiautoritaires m’avait profondément indignée. En 2013, après la grève, j’ai commencé à m’impliquer au sein du mouvement étudiant pour soutenir les manifestant-e-s arrêté-e-s lors de mobilisations étudiantes et sociales. Dans ce contexte, lorsque j’ai terminé mon baccalauréat en études internationales, puis que j’ai souhaité poursuivre mes études à la maîtrise, le choix de mon sujet s’est en quelque sorte imposé de lui-même.

 

 

Quels conseils donneriez-vous à de futurs chercheurs ? 
- Trouver des environnements de travail agréables et stimulants.

- Structurer son emploi du temps en prévoyant des blocs de rédaction réalistes.

- Apprendre à reconnaître la procrastination « active » qui incite les chercheur-e-s à réécrire vingt fois le même paragraphe au lieu de rédiger.

Lynda Khelil, Maîtrise

S’allier par-delà les clivages : naissance et déclin de deux coalitions protestataires en Algérie

 

Les mobilisations du "Printemps arabe" ont donné lieu à des alliances inédites. Des acteurs collectifs (partis, syndicats, associations) que tout semblait opposer, se sont coalisés, pour porter ensemble des revendications démocratiques. Si certaines de ces coalitions durent, d’autres se trouvent rapidement confrontées à des divisions ou des désengagements. Pourquoi? Comment expliquer que certains acteurs parviennent à coopérer, en dépit des différences et des clivages qui les séparent, alors que d’autres s’en trouvent incapables?

Cette recherche entend explorer les rapports de coopération et de conflit qu’entretiennent des organisations engagées dans une lutte pour un changement de régime, en contexte autoritaire compétitif. Elle prend appui sur plusieurs mois d’enquête de terrain auprès de deux coalitions protestataires algériennes. Elle invite à resituer les organisations et les individus qui s’y investissent dans leurs champs d’activités respectives; à explorer les luttes et les rapports de pouvoir qu’ils y entretiennent et les hiérarchies qui s’y instituent, pour mieux comprendre la structuration des interactions au sein de ces coalitions.    

Islam Amine Derradji, Doctorat